La maison de maître, c'est le bâtiment noble du corps de ferme : façade symétrique, 3,10 m sous plafond, moulures au salon, un escalier en chêne qui tourne. Elle avait de la prestance et absolument aucun confort moderne. Tout le défi de cette rénovation tenait dans une phrase : lui rendre le confort sans lui enlever son âme. Un musée, personne ne veut y dormir.
Repérer ce qui fait sa valeur
Avant de toucher quoi que ce soit, j'ai fait l'inventaire de ce qui était d'époque et irremplaçable : les moulures du salon, la cheminée en marbre, le parquet en point de Hongrie de l'étage, la rampe d'escalier. Tout cela reste, se restaure, ne se remplace jamais. C'est exactement ce patrimoine décoratif qui justifie le tarif d'une chambre dans une maison de maître plutôt que dans un gîte standard.
Le confort caché
Là où j'ai été radicale, c'est sur l'invisible. Chauffage central refait, électricité entièrement reprise, deux salles de bains glissées dans d'anciens cabinets, isolation des combles. Tout cela ne se voit pas une fois fini, et c'est le but. Le confort contemporain doit se faire oublier dans une maison ancienne ; on le sent sans le voir. Une moulure d'origine au-dessus d'un radiateur invisible, c'est ça l'équilibre.
Le parquet, dilemme et fierté
Le parquet en point de Hongrie était gris, taché, par endroits décollé. Un devis proposait de tout remplacer par du neuf « plus propre ». J'ai refusé net. On l'a poncé, recollé lame par lame, huilé. Trois semaines de travail, 6 800 €, et un sol qu'on ne pourra jamais refaire à l'identique. La propreté du neuf ne vaudra jamais la patine de cent cinquante ans de pas.
Éclairer sans écraser le volume
Les 3,10 m sous plafond sont splendides mais avalent la lumière. Un seul lustre central laissait les angles dans le noir et la pièce froide. J'ai éclairé à plusieurs hauteurs : des appliques murales de salon à hauteur d'homme, des lampes, et une suspension descendue assez bas au-dessus de la table. La lumière revient à hauteur humaine, et le volume garde sa majesté au-dessus.
Ne pas tout lisser
La tentation, dans une belle maison, c'est de tout rendre impeccable. J'ai laissé volontairement quelques imperfections : une trace d'usure sur une marche, un carreau de cheminée ébréché, le léger gondolement d'une porte. Ce sont ces défauts assumés qui empêchent une maison de maître de ressembler à un décor de catalogue. La perfection est froide ; la patine est accueillante.
Ce que je referais autrement
J'ai fait repeindre les moulures du salon en blanc pur la première fois. Trop clinique. Je les ai refaites dans un blanc cassé légèrement chaud, et tout s'est réchauffé. Dans l'ancien, le blanc pur est rarement le bon blanc. Pour l'ambiance des chambres, voir chambre d'hôtes de charme.
