La longère n'est pas le bâtiment principal de la ferme, mais l'aile basse qui longe le potager, côté est. Vingt-deux mètres de long, six de large, et à l'origine pas un seul couloir : on passait d'une pièce à l'autre en enfilade, comme dans toutes les longères. La rénover, c'était résoudre cette équation : garder le charme de l'enfilade tout en rendant chaque chambre indépendante pour les hôtes.
Comprendre la forme avant de la changer
Une longère se lit comme une phrase : un volume après l'autre, le long d'un même mur de refend. La tentation est d'ouvrir des grands espaces décloisonnés. J'ai résisté. Casser les murs porteurs d'une longère, c'est non seulement risqué structurellement, c'est aussi effacer ce qui en fait une longère. J'ai gardé le rythme des pièces, et c'est ce rythme qui plaît tant aux hôtes.
Le couloir, la seule vraie démolition
Pour rendre les chambres indépendantes, il fallait un couloir. On l'a créé en façade nord, en prélevant 1,20 m sur chaque pièce. C'est la seule démolition lourde du chantier : une cloison continue, percée d'une porte par chambre. Résultat, trois chambres desservies sans qu'on traverse l'une pour atteindre l'autre. Sans ce couloir, la longère restait une maison familiale, pas une maison d'hôtes.
Vaincre l'effet tunnel
Le couloir d'une longère, c'est le piège : long, étroit, vite sinistre. Ma solution a été la lumière. Pas un plafonnier au bout du tunnel, mais une série d'appliques tous les deux mètres, à hauteur d'épaule, lumière chaude. On marche d'un halo à l'autre. Le couloir est devenu un des endroits que les gens photographient, ce qui, pour un couloir, n'était pas gagné.
Ce que j'ai gardé
Le sol en terre cuite d'origine sur dix-huit mètres, simplement nettoyé et huilé. Une cheminée de pierre dans l'ancienne pièce commune. Et les petites ouvertures profondes, ces fenêtres aux embrasures de 60 cm que j'ai transformées en assises avec un coussin. Tout cela, on ne le refabrique pas. Le garder a coûté du temps de nettoyage, pas d'argent, et c'est ce qui donne son âge à la maison.
Ce que j'ai démoli sans regret
Un appentis en parpaing accolé au pignon, une salle d'eau carrelée vert amande, et un faux plafond qui cachait… la charpente. Le jour où l'ouvrier a déposé ce faux plafond et qu'on a vu les chevrons en châtaignier, on a décidé sur-le-champ de laisser la charpente apparente dans deux des chambres. La meilleure décision du chantier était cachée depuis quarante ans.
Ce que je referais autrement
J'ai voulu garder une ancienne porte basse entre deux pièces, par nostalgie. Tous les hôtes de plus d'un mètre quatre-vingts s'y cognent. La nostalgie, dans une maison d'hôtes, doit s'arrêter là où commence le front des invités. Je raconte la suite de cette aile dans le billet sur les poutres apparentes.
