La Ferme d'Hélène
Rénovation d'une grange : pourquoi j'ai acheté une ruine
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Rénovation d'une grange : pourquoi j'ai acheté une ruine

La première fois que j'ai visité la grange, il pleuvait à l'intérieur. Un tiers de la toiture s'était effondré, des ronces poussaient contre le mur nord, et le maçon qui m'accompagnait a juste dit : « C'est beaucoup de travail, madame. » Je l'ai achetée trois semaines plus tard. Voici, sans filtre, à quoi a ressemblé la première année de cette rénovation de grange dans le Périgord.

Pourquoi une ruine plutôt qu'une maison finie

On me l'a demandé cent fois. La réponse tient en deux points : le prix et les volumes. Une grange en pierre de 180 m² avec une charpente d'origine, même en mauvais état, se trouvait à un tiers du prix d'une maison habitable équivalente dans le secteur de Sarlat. Et surtout, ces volumes-là ne se construisent plus : 5,40 m sous faîtage, des murs de 60 cm d'épaisseur, une orientation plein sud. On n'achète pas ça neuf.

Le coût réel de la première année

Soyons précis, parce que c'est ce que j'aurais voulu lire avant. La toiture refaite à l'identique en tuiles plates de pays : 41 000 €. La reprise de charpente : 12 000 €. L'assainissement individuel, obligatoire ici : 9 500 €. Le terrassement et le drainage contre l'humidité : 5 000 €. Soit 68 000 € la première année, et pas un mur peint, pas une chambre finie. Tout est parti dans ce qu'on ne voit pas.

L'humidité, l'ennemie qu'on sous-estime

Une grange en pierre n'a jamais été conçue pour être chauffée ni habitée. Les murs respirent, l'humidité remonte du sol. Mon erreur la plus coûteuse : j'avais prévu une chape béton classique. Bruno, le maçon, m'a arrêtée à temps. On a coulé une chape chaux-chanvre qui laisse le mur respirer. Si j'avais fait du béton étanche, j'aurais piégé l'eau dans la pierre et abîmé les murs en deux hivers.

Garder l'âme, changer le reste

Ma règle pour toute la rénovation : on garde ce qui raconte l'histoire, on remplace ce qui est mort. La charpente en chêne, sablée et traitée, est restée. Les pierres apparentes du pignon, rejointoyées à la chaux, sont restées. En revanche, plancher, électricité, isolation : tout neuf, sans état d'âme. Une grange réussie, ce n'est pas un musée, c'est une maison qui a des cicatrices visibles et un confort invisible.

Les artisans, plus importants que le budget

J'ai mis trois mois à constituer l'équipe avant de commencer. Un maçon spécialisé pierre, un charpentier couvreur, un électricien habitué à l'ancien. Le moins cher des devis pour la toiture était 28 % en dessous des autres : je ne l'ai pas pris. Sur un bâtiment ancien, un artisan qui ne connaît pas la pierre fait des dégâts qui coûtent plus cher à réparer qu'à bien faire du premier coup.

La première chambre, enfin

Au bout de onze mois, une seule pièce était habitable : ce qui deviendrait plus tard la chambre « Noyer ». Murs à la chaux, sol en tomettes récupérées, et deux appliques murales de chambre de chaque côté du lit, parce qu'il n'y avait pas encore de plafonnier. Cette première nuit passée dans la grange, sous la charpente d'origine éclairée à la lampe de chevet, vaut tous les budgets du monde.

Ce que je referais autrement

Deux choses. D'abord, j'aurais fait faire une étude de sol et un diagnostic humidité avant l'achat, pas après : ça m'aurait évité trois semaines d'angoisse et un drainage non budgété. Ensuite, j'aurais prévu un budget « imprévus » de 20 % au lieu de 10 %. Dans l'ancien, ce n'est pas si l'on tombe sur une mauvaise surprise, c'est quand. La suite de l'aventure, je la raconte dans la rénovation complète du corps de ferme.

Questions fréquentes

Combien coûte la rénovation d'une grange ?

Tout dépend de l'état du bâtiment, mais pour une grange en pierre à reprendre en profondeur, comptez souvent entre 1 200 et 2 000 € le mètre carré une fois la toiture, l'isolation, l'électricité et la plomberie refaites. Notre première tranche (toiture et hors d'eau hors d'air) a coûté à elle seule 68 000 € pour 180 m². Le gros œuvre invisible mange toujours le budget avant le décoratif.

Peut-on habiter une grange pendant les travaux ?

Rarement au début. Tant que le bâtiment n'est pas hors d'eau et hors d'air, c'est inconfortable et parfois dangereux. Nous avons vécu dix mois dans une partie déjà couverte pendant que le reste avançait. Si vous le pouvez, gardez un logement séparé les premiers mois : on prend de meilleures décisions quand on ne dort pas dans la poussière.

Faut-il un permis de construire pour rénover une grange ?

Pour un changement de destination (passer d'un usage agricole à de l'habitation) et au-delà d'une certaine surface, oui, un permis de construire est généralement nécessaire, pas une simple déclaration. C'est une étape à régler avant d'acheter si possible : toutes les granges ne sont pas constructibles en habitation selon le PLU de la commune.

Par où commencer la rénovation d'une grange ?

Par la toiture et la mise hors d'eau. Tant que l'eau entre, tout le reste s'abîme. Ensuite viennent l'assainissement, l'électricité et la plomberie, puis l'isolation, et seulement à la fin les finitions et la décoration. L'erreur classique est de rêver des carrelages avant d'avoir réglé le toit.

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